Trafic : Des ventes illégales de cacao en direction du Nigéria

L’on estime que environ 1/3 de la production de la région du Sud-Ouest est frauduleusement convoyée dans ce pays voisin.

La coopérative des agriculteurs dans la région du Sud-Ouest dénonce des ventes illicites de cacao en direction du Nigéria. Patrick Esapa, président de ladite association estime qu’environ 10 camions chargés de fèves de cacao sont impliqués au quotidien dans ce trafic. Des activités qui ont un impact négatif sur le développement de la région, à en croire Patrick Esapa. La coopérative demande au gouvernement camerounais de renforcer les contrôles autour de la frontière entre les deux pays.

L’achat illégal des fèves camerounaises se fait par les traders nigérians. Ces derniers détournent une partie de la production du Cameroun en l’achetant à meilleur prix auprès des producteurs locaux et sans payer les redevances, générant ainsi une concurrence déloyale vis-à-vis des traders camerounais. Dans le cadre de la coopération entre les deux pays, Sayina Riman, président de l’association nigériane du cacao, avait annoncé récemment son intention de s’associer au Cameroun pour mettre en place une prime au producteur, pour l’achat du cacao.

Selon des chiffres de l’Organisation internationale du cacao (Icco), le Cameroun et le Nigéria sont les 3ème et 4ème producteurs de cacao en Afrique, avec respectivement 270 000 et 250 000 tonnes produites durant la saison 2018-2019. Les deux pays représentent à eux seuls environ 10% de la production mondiale, derrière la Côte d’Ivoire et le Ghana qui produisent environ 63% de fèves.

Porosité des frontières

Les deux pays partagent 1 337 kilomètres de frontières. Dans le livre « Les cahier d’outre-mer », le géographe François Kengne Fodouop explique que depuis leur origine, les échanges commerciaux entre les deux pays se font essentiellement par le biais de la contrebande. Après avoir été interrompue entre 1967 et 1970 à cause de la guerre de sécession biafraise, cette contrebande a repris progressivement, en dépit des mesures gouvernementales prises entre les deux pays pour stopper ce phénomène.

La contrebande résulte entre autres de l’insuffisance de contrôles douaniers et la complicité des agents qui en ont la responsabilité.  François Kengne Fodouop indique qu’au Cameroun, la contrebande à partir ou à destination du Nigéria est plus ancienne que celle qui est orientée vers les pays voisins de l’Est (RCA) et du Sud (Congo, Gabon et Guinée équatoriale). « Elle y est apparue au lendemain de la signature du traité franco-britannique du 06 mars 1916, qui plaçais le Western Cameroon sous la souveraineté de la Brande Bretagne.

Une décote depuis le mois de juillet dernier

Après plusieurs mois d’embelli, la fève camerounaise a entamé le mois de juillet courant avec une décote de 50 à 100 FCFA sur le kilogramme.  Le prix était pourtant monté à 1 200 FCFA dans les bassins de production il y a quelques mois, avant de descendre à 1100 FCFA depuis le 30 juin 2020. Cette baisse peut être consécutive à la fin de la période des achats caractérisée par une chute de la demande, les broyeurs et autres exportateurs ayant été particulièrement dynamiques au cours des derniers mois, y compris pendant la saison des pluies qui tire vers sa fin en ce mois de juillet.

Depuis le 31 décembre 2019, le prix bord champ des fèves dans les bassins de production au Cameroun à légèrement fléchi. Il est passé d’un minimum de 1250 FCFA à 1200 FCFA, un prix resté inchangé jusqu’à la mi-janvier 2020. Néanmoins, grâce à un financement de la Banque africaine de développement (BAD), l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD), le Cameroun a mis au point une nouvelle variété de semences dénommée « cacao brésilien ». L’objectif étant de permettre aux planteurs locaux de doubler leurs rendements et améliorer leurs revenus.

330 000 tonnes à transformer à l’horizon 2023

Les autorités camerounaises ambitionnent de doubler le taux de transformation locale de fèves de cacao. L’objectif est de le porter à 50% de sa production en 2020, pour une récolte annuelle estimée à environ 250 000 tonnes par an. Il faut néanmoins noter que l’objectif du pays de produire 600 000 tonnes de fèves en 2020, ne sera pas atteint. À cause entre autres des difficultés que rencontrent les agriculteurs de ce secteur à trouver à renouveler et étendre leur verger. Le pays vise désormais une barre de production de 330 000 tonnes en 2023.

Jean Daniel Obama

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