Cameroun : Les plastiques non biodégradables font de la résistance

L’ONG Greenpeace invite le gouvernement camerounais à plus d’ardeur dans la lutte pour l’interdiction de ces matières.

Dans la nuit du 19 au 20 septembre 2021, 530 ballots de plastiques non-biodégradables sont interceptées par les éléments de la douane camerounais. L’opération qui a permis d’intercepter les deux pirogues, se déroule dans la ville de Garoua, région du Nord Cameroun. Autre lieu, mêmes faits. Le 06 octobre 2021, les autorités camerounaises ont détruit un peu plus de 42 tonnes de plastique non biodégradable (531 ballots) que des transporteurs essayaient de faire entrer frauduleusement dans le pays pendant la nuit.

Malgré l’existence de l’arrêté conjoint N° 004/ Minepded/Mincommerce du 24 octobre 2012 portant réglementation de la fabrication, de l’importation et de la commercialisation des emballages non biodégradables, le circuit frauduleux des emballages non-biodégradables semble toujours bien huilé. Bien que quelques saisies des autorités camerounaises, observées çà et là à travers le pays. Les experts  indiquent que la décomposition totale d’un sac plastique nécessite environ 450 ans, pour la bouteille plastique ce temps est compris entre 100 à 1 000 ans.

«Presque huit ans après, ces sachets plastiques continuent de servir d’emballage dans les marchés et se retrouvent malheureusement dans la rue après utilisation. A terme, ils se retrouvent enfouis dans les sols ainsi que dans des cours d’eau.  Un processus qui se répète au fil des ans et qui contribuent à boucher les drains et autres voies d’évacuation des eaux dans nos villes, contribuant à la recrudescence des inondations tel qu’on les a vécus à travers le pays ces derniers mois » regrette  Ranece Jovial Ndjeudja, responsable de la campagne forêt chez Greenpeace Afrique. Des pratiques qui ont des répercussions sur la santé des populations.

Suite à l’absence de mécanisme de recyclage des emballages non biodégradables dans les grandes agglomérations du pays et dans des villes secondaires, des familles utilisent les sachets plastiques pour allumer le feu. Selon des experts, cette combustion est une source d’intoxication de voies respiratoires, car l’incinération des sacs plastiques libère des substances toxiques telles que l’acide chlorhydrique (HCl : caustique pour les voies respiratoires), le formaldéhyde (HCOH : allergène puissant à l’origine de l’asthme) et d’autres souvent cancérigènes : oxyde de plomb II (PbO), oxyde de cadmium II (CdO).

Au Cameroun, les ordures issues de l’utilisation du plastique constituent environ 10 % des 6 000 000 de tonnes de déchets municipaux produits annuellement. Ces plastiques présentent autant, sinon plus, d’inconvénients que d’avantages pour les populations et l’environnement. Selon une estimation globale publiée par Chiellini Emo (2006), chercheur et professeur de chimie à l’Université de Pise en Italie, les emballages plastiques constituent 35 à 45 % de la production de matières plastiques. Dans cette publication, l’universitaire affirme que 100 millions de tonnes de plastiques à usage unique sont fabriquées et jetées à travers le monde chaque année.

Des décrets publiés sans mesures d’accompagnement pour les commerçants

« Sont interdits, la fabrication, l’importation, la détention et la commercialisation ou la distribution à titre gratuit des emballages plastiques non biodégradables à basses densité inférieure ou égale à 60 microns d’épaisseur (1 micron vaut 1/1000 mm) ainsi que les granulés servant à leur fabrication ». Une injonction de l’article 7 de l’arrêté du 24 octobre 2012 (conjointement signé du ministère en charge du Commerce et celui de l’Environnement) régulièrement bottée en touche et jeté aux ordures, par certains commerçants.

A l’instar de plusieurs de l’Afrique Subsaharienne, l’application systématique des différentes lois et décrets concernant l’interdiction de l’utilisation des emballages non-biodégradables au Cameroun reste un casse-tête non seulement pour le gouvernement, mais également pour les populations. Les commerçants dénoncent régulièrement le manque de compensation du gouvernement, lié à ces différentes interdictions.

Certaines Organisations de la Société Civile (OSC), continuent de pointer du doigt l’absence d’une véritable vulgarisation des politiques de promotion de l’utilisation des emballages biodégradables dans le pays.

J.D.O

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