A qui profite la culture du cacao ?

Les producteurs ne perçoivent que 2% de la manne cacaoyère, estimée à  100 milliards de dollars par an. Les chocolatiers se taillent la part du lion. Il faut sortir de la logique de comptoirs coloniaux.

La réponse à la question posée ci-haut est douloureuse pour les africains.

L’organisation internationale du cacao (ICCO) indique que seulement 2% de la manne du cacao revient aux paysans. Une réalité qui ne peut que choquer. Car, ces 2% sont  repartis entre près de 50 millions de personnes qui vivent de la culture du  cacao en Afrique. Au finish, ce que le producteur, individuellement, reçoit est dérisoire à côté des profits énormes engrangés par les multinationales.

Pas étonnant que le cacao n’a jamais durablement transformé le quotidien  des villageois, et que la misère a élu domicile dans les bassins de production. Les pays exportateurs touchent au passage des royalties. Cet argent sert généralement à financer des projets infrastructurels, à payer les salaires des agents publics ou le plus souvent  à financer le train de vie princier de la bourgeoisie régnante. Un champagne importé équivaut à 500 kg de cacao.

Quand on sait que les pays comme la Côte d’Ivoire et le Cameroun sont de gros consommateurs de vins et de champagnes, imaginez la somme faramineuse qui est dépensée pour satisfaire les folies de nos dirigeants en important des biens que nous ne produisons pas et dont on peut, à la rigueur s’en passer. A défaut d’en réduire la quantité.

Première vérité

Le cacao est très souvent un « perd temps » pour les agriculteurs africains. Les chocolatiers,  les gouvernements et les intermédiaires (négociants, spéculateurs, revendeurs…) se sucrent sur leur dos. Pis, le commerce du cacao est une cathédrale de paradoxe. C’est l’un des rares business, avec le coton et le café, où c’est l’acheteur qui dicte les prix. Imaginez-vous quelqu’un d’autre que Toyota fixer les prix de ses voitures sorties usines? Ou Boeing vendre ses avions au prix de l’acheteur?

Habituellement, le commerce est régi par la loi de l’offre et de la demande. Les prix grimpent quand la demande surplombe l’offre et chutent en situation inverse. Dans le petit monde du cacao, c’est le vaudou permanent. L’acheteur modifie le prix du kg selon son bon vouloir, sans tenir aucun compte des dépenses des producteurs. Conséquence, les paysans  sont ruinés d’une saison à l’autre.

Deuxième vérité

Le cacao entretient la précarité des producteurs.

Troisième vérité

Les paysans africains peuvent très bien se passer du cacao, sans grandes conséquences sur leur quotidien. Et mettre à la place les bananiers, l’igname, les avocatiers, le maïs… Avec ces cultures, l’avantage, c’est qu’ils pourront fixer eux-mêmes le prix de leur production, auront affaire à un marché moins capricieux. En plus, ils maîtrisent les techniques traditionnelles de conservation, en cas de surabondance sur le marché ou les techniques de culture, très accessibles, de contre-saison en cas de pénuries dans les grands centres urbains. En somme, les agriculteurs africains doivent privilégier les cultures qui leur garantissent des revenus stables et conséquents.

États comptoirs

La Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun, fournissent, à eux trois, 70% du cacao brut vendu dans le monde. Mais ne reçoivent que 6% des 100 milliards de dollars générés par l’industrie du chocolat chaque année. Le gros de la cagnotte est capté par les compagnies chocolatières. Celles-là même qui transforment les fèves en produits finis. Indubitablement, le gain est dans la transformation. Or, le Cameroun ne transforme que 25% de sa production. La Côte d’Ivoire 21,6%.  Il est plus que temps  de sortir de la logique de comptoirs coloniaux.

Que signifie comptoirs coloniaux ? Ce sont des pays qui servent de débouchés aux produits manufacturés venus d’ailleurs. Les Etats comptoirs ne se développent pas, les Etats industrialisés si. Voilà la différence entre l’Afrique et l’Occident. Les emplois, l’assurance, la plus-value sont  dans la transformation des matières premières.

Chargeons de paradigme pour le bien-être des populations africaines!

Thierry Djoussi

Président de l’Association des journalistes camerounais pour l’agriculture et le développement (AJAD)

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