300 initiatives aquacoles sont accompagnées

Divine Ngala Tombuh, coordonnateur national du Projet de promotion de l’entrepreneuriat aquacole (PPEA), se prononce sur les retombées de leurs actions et les mesures prises pour structurer les acteurs de la filière aquacole.

A date, quelles sont les initiatives privées individuelles et collectives qui ont été accompagnées par vos soins et quel est le volume des montants investis ?

A date, 300 initiatives privées ont été accompagnées par le PPEA, au stade de la formation jusqu’à la création de la petite et moyenne entreprise aquacole. Parmi ces 300 entreprises, 100 sont dirigées par des femmes (soit 33,33%) et 153 par des jeunes (soit 51%).

Les productions actuelles sont-elles à même de satisfaire la demande ? Si non, quelles sont les mesures mises en œuvre par le gouvernement et ses partenaires pour booster les activités aquacoles et améliorer les rendements ?

La demande nationale en produit halieutiques est estimée à environ 500 000 tonnes par an, tandis que la production nationale (pêche de capture et aquaculture cumulées) est estimée à 335 000 tonnes par an. Il en résulte un déficit d’approvisionnement de plus de 200 000 tonnes par an comblé en partie par les importations qui, malgré une tendance à la baisse depuis trois ans, se situent à 185 000 tonnes en 2019 selon les données 2020 du ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA). Les pêches et capture étant en plafonnement depuis deux décennies, l’aquaculture reste la seule alternative susceptible de renverser la tendance. Pour relever la production aquacole, le dispositif étatique d’encadrement et de vulgarisation a été renforcé en vue d’assurer la vulgarisation des nouveaux systèmes de production en hors-sol, notamment les bacs (bétonnés, en plastique et en bâches), les cubiténaires et les cages flottantes. Le gouvernement a lancé, avec l’appui des partenaires, plusieurs projets d’envergure visant à favoriser l’investissement privé dans le secteur, notamment le Projet de promotion de l’entreprenariat aquacole (PPEA) et le Projet de développement des chaînes de valeur élevage et pisciculture (PD-CVEP). Le premier a favorisé l’émergence de la dimension entrepreneuriale de l’aquaculture par la création des petites et moyennes entreprises avec pour cibles principales, les femmes et les jeunes. Quant au deuxième, il vise l’accompagnement compétitif et hygiénique des produits bovins, porcins et poissons et l’amélioration des revenus des acteurs ainsi que la création de nouveaux emplois dans les trois chaînes de valeur.

Qu’est-ce qui est fait pour structurer les acteurs de la filière afin qu’ils soient plus productifs ?

Dans l’optique de la structuration de la filière, le projet a appuyé la mise en place d’un cadre organisationnel dans le secteur afin de favoriser le dialogue entre tous les acteurs de la filière, d’identifier les goulots d’étranglement, les mesures de mitigation et les axes de collaboration. La mobilisation des acteurs à la base impliqués dans la pratique de l’aquaculture, a été soutenue par les structures déconcentrées du MINEPIA. La réflexion sur la dynamique coopérative ainsi que la professionnalisation des aquaculteurs ont été portées au niveau institutionnel et stratégique afin d’apprécier le niveau de vulnérabilité de l’activité aquacole et sa capacité à contribuer avec efficacité à la problématique de la sécurité alimentaire du pays. Toutes ces actions ont donné naissance à une organisation faîtière dans le secteur aquacole, dénommée « Interprofession aquacole au Cameroun » (IPAC). Cette interprofession sert désormais d’interface entre les pouvoirs publics et les acteurs privés.

L’un des ventres mous de l’aquaculture est l’importation d’aliments. Des actions endogènes sont-elles en cours pour encourager la production locale de ces aliments ?

Pour développer la production locale d’aliments de qualité, le projet a réalisé, avec la collaboration de la FAO, une étude de base destinée à estimer la demande réelle et potentielle des aliments pour le tilapia et le clarias. Ainsi qu’une étude bromatologique préalable des matières premières locales afin de déterminer les proportions et compositions énergétiques et protéines. Les résultats ont permis de mettre en place une formule de production qui a été diffusée et vulgarisée auprès des promoteurs. Les capacités de ces producteurs locaux d’aliments ont été renforcées et ces derniers contribuent désormais à améliorer la disponibilité et l’accès aux promoteurs.

Une chose est de produire du poisson, une autre est de l’écouler. Quelle est l’envergure de votre intervention dans le segment de la commercialisation ?

Le marché du poisson au Cameroun est largement dominé par les produits importés. Pour les producteurs locaux, se tailler une part de ce marché représente un défi important, car produire c’est bien, mais vendre c’est encore mieux. En guise de soutien à ces derniers, plusieurs actions ont été menées par le projet, notamment la signature d’une convention de partenariat avec la Mission de régulation des approvisionnements en produits de grande consommation (MIRAP). Cette convention a permis la vente des poissons produits localement dans les marchés témoins périodiques, des marchés forains et des magasins témoins de vente de la MIRAP. Il y a également la facilitation de la vente du poisson produit localement dans certaines grandes surfaces.  Ce qui a permis l’ouverture des espaces de vente des poissons dans leurs rayons. En outre, l’on peut mentionner l’organisation des foires et campagnes de ventes de poissons, en collaboration avec certaines administrations telles que le ministère du Commerce, le programme Agropoles, etc…

Source : Cameroon Business Today du mercredi 19 au mardi 25 août 2020