L’action de l’Union européenne permettra de multiplier les espaces par 20 d’ici 4 ans

Baudelaire Kemajou

« L’action de l’Union européenne permettra de multiplier les espaces par 20 d’ici 4 ans »

Le directeur du Centre technique de la forêt communale fait le bilan des avancées de l’étude de faisabilité technique et socioéconomique de l’introduction de l’arboriculture d’anacardier par les Collectivités territoriales décentralisées en zone de savane sèche au Cameroun.

Où en est le Centre technique de la forêt communale Projet « Reboisement 1 400 » avec son volet anacarde, au mois de juin 2021 ?

Le projet de reboisement 1 400 sur financement de l’Union Européenne est une opportunité pour les 18 Collectivités territoriales décentralisées (CTD) du Septentrion et zones de transition de développer la filière anacarde. Il est question de vulgariser les vergers familiaux et communautaires devant aboutir à la mise en place des petites unités de transformation et de conservation. Cette action de l’UE auprès du Cameroun permet aux CTD de renforcer leur capacité financière tout en stimulant la sécurité alimentaire et les revenus des ménages porteurs de ce projet, de contribuer à l’approvisionnement en bois énergie et de réduire les impacts du changement climatique et la reconstitution de la biodiversité.

Cette action qui se matérialise par de petites subventions directes des actions des communes vient renforcer les compétences et les moyens de ces dernières dans le secteur forêt-environnement en rendant prioritaire la voie d’insertion des jeunes  et des populations dans le circuit socioéconomique à travers des activités agropastorales. Au bout de 4 ans l’action de l’UE permettra de quadrupler les superficies d’anacardes au Cameroun et  de multiplier au moyen par 20 d’ici 4 ans (2025 Ndlr) le volume de production en tonnage des noix d’acajou.

La noix de cajou est considérée par la plupart des personnes comme un fruit exotique, puisqu’elle est moins médiatisée au Cameroun. Quelles en sont les multiples usages qu’on peut en faire ?

Votre question nous ramène à  parler des conditions de production avant de mette l’accent sur l’intérêt de l’anacarde. La production de l’anacarde représente une opportunité pour le petit producteur de la zone du Septentrion. Toutefois, l’anacardier est très connu pour sa grande rusticité et ses faibles exigences pédologiques et climatiques. Le pommier cajou a une croissance rapide et se développe bien sur les sols profonds. Il peut supporter une pluviométrie et exige cependant 1 000 à 2 000 mm de précipitations annuelles et une saison des pluies durant de 4 à 6 mois pour produire des fruits de façon satisfaisante.

Il préfère les sols friables (sable, gravier, voire éboulis) et ne supporte pas les sols durcis. Les cultures annuelles sont compatibles avec les anacardiers. Pour Djossi (2014) cette association permet de répondre aux besoins alimentaires des exploitants ainsi qu’à la valorisation de leurs espaces. Lorsqu’elles respectent l’itinéraire technique, les cultures annuelles n’ont pas une influence négative sur leurs associés jusqu’à ce que l’arbre atteigne un certain développement végétatif. Son Intérêt  est à la fois économique, médicinal.

Qu’est ce qui peut expliquer cet engouement des pouvoirs publics et même des privés dans la culture de l’anacarde au Cameroun?

 Ces dernières années, la noix de cajou est devenue une aubaine pour les producteurs, les transformateurs, les transitaires et exportateurs. La production gérée de manière extensive, offre aux producteurs une source de liquidité facilement disponible. La faible pression phytosanitaire sur l’anacarde contribue à limiter le risque économique de l’activité pour le producteur et offre à la noix un label international de qualité. L’usage le plus connu est la consommation du fruit de l’amande. La noix de cajou encore appelée l’or brun, fait l’objet d’un commerce international en pleine croissance. Les jeunes feuilles d’anacardier peuvent être consommées cuites, comme un légume.

Le pédoncule gonflé, ou faux-fruit, peut être mangé frais, séché, cuit pour confiture ou sirop, voire utilisé pour parfumer des boissons alcoolisées. Bien employé en menuiserie, son bois est utilisé comme bois de chauffe pour les ménages et permet aussi de produire le charbon de bois. L’écorce est utilisée comme source de tannins ou de teinture jaune. Les pouvoirs publics ne pouvaient pas rester à l’écart de cette opportunité de diversifier la production agricole dans le septentrion et d’ouvrir de perspectives commerciales et économiques aux acteurs de cette filière

Il y a certainement d’autres vertus côté santé….

Oui. Les noix de cajou ont une teneur globale faible en matières grasses par rapport à d’autres noix, mais contiennent des acides gras mono-insaturés comme les acides oléiques et palmitoleiques qui sont des éléments nutritifs essentiels pour le système immunitaire humain selon le nutritionniste Plamey. Les acides gras mono-insaturés aident à prévenir la maladie coronarienne et les accidents vasculaires cérébraux en favorisant la santé lipidique du sang.

Les noix de cajou sont une source abondante de minéraux essentiels. Ils ont des niveaux comparativement élevés de fer et de zinc qui sont importants pour les femmes enceintes et allaitantes ainsi que pour les jeunes enfants, car elles jouent un rôle crucial pour le développement de la croissance et le renouvellement du sang. Une poignée de noix de cajou par jour dans son alimentation fournirait jusqu’à 80% de l’apport journalier recommandé de ces micronutriments.

En Asie et en Afrique de l’Ouest La consommation de noix de cajou contribue à un approvisionnement suffisant et global de nutriments (Coshew6). Les NC ont un effet hypocholestérolémiant, ils diminuent le risque cardiovasculaire, de diabète de type 25, d’ablation de vésicule biliaire, de calcul biliaire et du cancer du côlon chez les femmes.

Une prise quotidienne adéquate de zinc et de fer est particulièrement conseillée en raison de sa valeur nutritive élevée. L’huile extraite de la coque toxique du fruit peut servir à produire des vernis, des insecticides ou une encre indélébile. Cette huile, toxique et irritante pour la peau, doit être manipulée avec précaution. – Les rameaux et les feuilles de l’arbre peuvent être mangées par le bétail

Selon une étude menée par le Ctfc, la filière anacarde  participe à hauteur de 74% à la constitution des revenus des ménages ruraux dans certains Etats sahéliens. Qu’est-ce qu’il en est actuellement pour le Cameroun et quelles en sont les perspectives ?

La production de l’anacarde représente une opportunité pour le petit producteur de la zone du Septentrion. En effet, la demande mondiale en noix de cajou n’a cessé de croître au fil des années (Ricau, 2013) jusqu’à nos jours.  Sa production constitue donc une nouvelle source de revenus pour les communes et les  paysans qui s’y intéressent. La volonté de l’Etat camerounais  et sa stratégie du développement de la filière anacarde à travers le Minader (ministère de l’Agriculture et du développement rural Ndlr) est un atout considérable qui justifie l’action de l’UE  auprès des communes du Septentrion et des zones de transition  dans le cadre du  11ème Fonds européen de développement (FED).

 La production locale est-elle suffisante pour satisfaire la demande ?

Le Cameroun n’a qu’une production annuelle de 108 tonnes d’anacardes ou noix de cajou pour 650 hectares environ. C’est depuis plusieurs décennies que les paysans du Septentrion ont adopté l’arboriculture fruitière. C’est le cas des anacardiers qui ont été introduits en 1972 pour le reboisement.  Ce qui représente peu pour le pays.

L’action de l’UE avec les communes, permettra de tripler les superficies actuelles par la création d’environ 1 500 ha de nouvelles plantations sous l’égide des communes avec un rendement à moyen terme de  300 tonnes/ha. Suivant l’action de l’Union européenne auprès des communes, d’autres initiatives privées et publiques  portées  par des opérateurs  privés et par la Sodecoton (Société de développement de coton Ndlr) sont en préparation pour accompagner ce dynamique.

L’Association des Communes forestières du Cameroun  et son Centre technique lancent donc un appel aux partenaires privés pour développer auprès des communes cette filière. Tous ceux intéressés par ce partenariat public-Privé peuvent se rapprocher de notre centre.

Le niveau global d’organisation des acteurs est très faible. Une analyse de la filière avec les effets apportés par le projet « Reboisement 1400 » fait ressortir des informations caractéristiques et des besoins d’accompagnement et de développement de l’ensemble des maillons de la chaine. Comme toutes filières agricoles, la filière anacarde est subdivisée en trois maillions principaux : le maillon de la production, incluant les activités en amont comme la recherche, la production de semences et de plants de pépinières,   le maillon de la commercialisation des noix brutes et le maillon de la transformation des produits de l’anacarde

Qu’est-ce qu’il est du financement de l’UE pour le développement de cette filière au Cameroun ?

Les financements de l’UE auprès des communes à travers l’Association des Communes forestières s’inscrivent dans les accords de coopération multilatérale avec le Cameroun. La subvention de l’UE d’environ 1800 000 euros (soit 1 180 722 600  FCFA) sur 4 ans  auprès de l’AFCAM (Association des communes forestières du Cameroun Ndlr) pour des activités de reboisement dans 18 communes permet de développer des chaînes de valeur économique autour des activités de restauration de paysages.

Cette enveloppe dont le renouvellement des tranches est conditionné par un audit indépendant réalisé chaque fois par le Cabinet KPMG permet d’apporter des subventions sur 4 ans à 18 Communes mais aussi d’intervenir directement auprès des acteurs de terrain sur la période 2019 et 2022. Il faut préciser que les communes et leurs partenaires publics et prives locaux doivent y contribuer parce que l’enveloppe de l’UE ne sert que de cofinancement et ne peut pas permettre à elle seule d’atteindre les objectifs fixés et iles indicateurs attendus.

Toutefois, le projet de « Reboisement 1 400 » sur financement de l’Union européenne est une opportunité pour les CTD du Septentrion de relancer et développer la filière anacarde, de vulgariser des vergers familiaux et communautaires devant aboutir à la mise en place des petites unités de transformation et de conservation. Cette initiative permettra aux CTD de renforcer leur capacité financière tout en stimulant la sécurité alimentaire et les revenus des ménages, de contribuer à l’approvisionnement en bois énergie, de réduire les impacts du changement climatique par  la reconstitution de la biodiversité.

 Propos recueillis par Jean Daniel Obama

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