𝐋𝐀 𝐃𝐈𝐅𝐅𝐄́𝐑𝐄𝐍𝐂𝐄 𝐄𝐍𝐓𝐑𝐄 « 𝐀𝐒𝐔𝐙𝐎𝐀 », « 𝐙𝐎̂𝐌𝐋𝐎̂𝐀 » 𝐄𝐓 « 𝐍𝐊𝐔𝐊𝐔𝐌𝐀 » Par : Beck’s Awoumou

On entend beaucoup traduire ASUZOA par le féminin de ZOMLOA ; et une confusion entre Nkukuma et Zomloo. Qu’en-est-il au juste ?

𝐀𝐒𝐔𝐙𝐎𝐀

Est un terme du Sô. Il s’agissait avant tout de l’assistant du 𝐌𝐞𝐧𝐠𝐮𝐢𝐦𝐞𝐧𝐠𝐮𝐢, le grand initiateur. Il ouvrait la marche des initiés du Sô (qui évoluaient en file indienne dans la forêt). Ce terme fut ensuite, à tort, appliqué au plus courageux « Mvôn » qui supportait sans gémir la flagellation du « 𝐌𝐊𝐏𝐖𝐀𝐌 ».

Il s’applique aussi au leader des guerriers, sorte de général, tête de proue. L’ASUZOA était un titre militaire. C’était le chef de guerre, l’intrépide guerrier qui se plaçait au front de la bataille. Les guerriers inexpérimentés couvraient le flanc. Par extension, Asuzoa, peut donc s’adapter à chef de file, de troupe, leader, dirigeant d’un groupe.

 𝐙𝐎̂𝐌𝐄𝐋𝐎𝐎,

Par contre, signifie « Quatre Yeux ». C’est un grand initié au rite MELAN et/ou NGII. C’est le prêtre traditionnel, l’officier de tous les rites et rituels d’initiation, de lavage et de purification, le gardien de la tradition ; détenteur de l’héritage traditionnel transmis de génération en génération ; qui organise des assises pour toutes les circonstances heureuses ou malheureuses. Il peut chasser, anéantir au nom des ancêtres les mauvais sorts ou certaines maladies et peut bénir quiconque. Dans un autre poste nous avons déjà décrit comment on devient Zomloa.

 𝐍𝐊𝐔𝐊𝐔M𝐀

Vient du doublement du vocable 𝐀𝐊𝐔𝐌, la richesse. NKUKUMA signifie littéralement, Riche des riches. C’était, avant la colonisation, un notable, plus grand possesseur de biens et autour de qui les gens se regroupaient pour régler leurs différends. Parce que riche, il était réputé incorruptible.

Chaque famille ou chaque clan possédait un Nkukuma. C’est lui, le 𝙈𝙠𝙥𝙚 𝙎𝙤̂, l’Ordonnateur du Sô, qui payait la facture de l’organisation d’un Sô lorsqu’une faute commise par un membre de sa famille (clan) en exigeait la tenue. En effet, le Nkukuma n’était pas riche pour lui seul.

Il avait une responsabilité sociale et morale de soutien, voire de prise en charge des problèmes de sa communauté. Voilà pourquoi les Beti ont le réflexe de « maudire » toute personnalité ou toute élite vis-à-vis de laquelle ils ont le sentiment qu’elle « mange » son argent seule.

Le Nkukuma était aussi forcément le plus béni. Donner aux autres, partager, lui conférait plus de prospérité au lieu de l’appauvrir. Par exemple lors de l’organisation d’un Sô, rite dont l’organisation coûtait énormément cher mais qui apportait une grande prospérité au peuple. Certes, c’est lui qui payait la facture pour que le mal commis par l’un des membres de son clan ou famille soit lavé, mais c’est aussi lui qui allait bénéficier en retour, avec sa maison, de la grande majorité des bénédictions qui en découlaient. Il y avait donc une forme de compensation. Parce qu’en pays Beti traditionnel, tu reçois à la mesure de tes capacités ou de ce que tu donnes. Le Nkukuma ne pouvait donc pas se sentir abusé.

Ce titre est devenu administratif avec les colons qui ont pensé créer chez les Ekang une structure monarchique afin de mieux les contrôler et de donner au Nkukuma une prédominance sur les guides spirituels que sont les Zomloa qui deviendraient plutôt membres de la cour du chef (le roitelet de circonstance à l’image des Sultans, Chefs et Lamidos d’ailleurs).

Tentative qui n’a jamais réussi en réalité, les Ekang ayant démoli ce type d’autorité sur eux par leur indépendance congénitale d’esprit. Le titre est cependant resté avec un rôle pratiquement identique à celui du Nkukuma originel à savoir : régler les différends sociaux – même si le côté richissime a presque disparu -.

A cela s’est ajouté le rang d’auxiliaire de l’administration territoriale du Cameroun.

Fait étrange, beaucoup d’indigents et de parasites 𝐌𝐈𝐍𝐊𝐔𝐊𝐔𝐌𝐀 sont aujourd’hui imposés par l’Administration. Ce qui leur vaut le dédain des administrés.

𝐍.𝐁 : Dans la société Ekang ancienne, personne ne pouvait parvenir à jouer un rôle social sans être initié au moins à un rite de passage qui conférait le droit à la parole devant une assemblée. Pas de parvenus donc. Ce qui n’est malheureusement pas souvent le cas aujourd’hui.

𝐏𝐚𝐫 𝐄𝐤𝐚𝐧𝐠 𝐌𝐞 𝐍𝐧𝐚 (𝐁𝐞𝐜𝐤𝐬 𝐀𝐰𝐨𝐮𝐦𝐨𝐮) 𝐌𝐚𝐧 𝐄𝐧𝐨𝐚, 𝐌𝐚𝐧 𝐍𝐠𝐨̀𝐧 𝐄𝐭𝐨𝐧

 

 

 

 

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